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Projet de CDI, politique documentaire, projet documentaire

Document émanant de l’Inspecteur M. Rivano

La notion de politique documentaire est relativement récente en France. Apparue dans un premier temps dans le secteur de la documentation d’entreprise, elle a par la suite été reprise dans les bibliothèques et dans l’enseignement supérieur. Ce n’est que depuis une dizaine d’années que ce concept a fait son apparition dans les établissements scolaires du second degré. On pouvait trouver jusque là un « volet CDI » dans le projet d’établissement. Cependant celui-ci était le plus souvent écrit par le professeur documentaliste sans qu’il n’y ait eu au préalable une véritable réflexion de l’ensemble de la communauté scolaire sur le développement des ressources et leur accessibilité, sur la formation des élèves mais aussi des autres usagers de l’établissement scolaire ou encore sur les questions budgétaires. Ainsi, une enquête par la Direction de l’évaluation et de la prospective (DEP) constatait qu’en 2003, 7 collèges sur 10 étaient engagés dans une démarche de projet documentaire souvent au bénéfice du seul CDI . Dès lors, le rapport Durpaire, publié en mai 2004, a constitué un moment fort d’initiation de la réflexion sur « les politiques documentaires » des EPLE. La question que l’on est en droit de se poser est : qu’est-ce qui conduit à utiliser ce concept ? avec comme question sous-jacente : est-ce pour répondre à un effet de mode ? Depuis l’introduction de la démarche de projet dans les années 80, les différents acteurs de l’éducation nationale sont régulièrement invités à entrer dans un tel processus. Les enseignants documentalistes n’échappent pas à cette mouvance. On voit apparaître de plus en plus des projets CDI qui ont pour finalité de formaliser l’action documentaliste, responsable du service de documentation et bien entendu du CDI. Nous allons voir en quoi le projet de CDI, qui constitue un projet du service de documentation, doit faire place à un projet de plus grande envergure qui dépasse le cadre du CDI et qui s’inscrit dans la droite ligne d’une politique qui se situe à l’échelle de l’établissement, la politique documentaire.

1. Le projet de CDI.

Lorsque nous observons le fonctionnement d’un CDI dans un établissement scolaire, nous constatons que le projet du CDI détermine son fonctionnement au sein de l’établissement scolaire. La lecture de différents projets de CDI montre ainsi la grande diversité de vision des enseignants documentalistes sur l’organisation du service de documentation mais également sur la finalité même de ce service et au delà, du CDI. Il y a un large consensus sur ce que ne doit pas être un CDI : il ne saurait être une salle d’études bis, ni un foyer des élèves, encore moins une salle annexe du réfectoire… Par contre, nous notons des divergences importantes sur le rôle que l’enseignant documentaliste veut lui faire jouer. Cette disparité des points de vue se confirme en observant le fonctionnement des CDI. De façon imagée, on pourrait dire qu’il est susceptible de figurer sur un axe qui partirait du CDI assez peu ou peu fréquenté avec des règles strictes d’accès pour arriver au CDI centré sur l’accueil, très fréquenté, quasiment toujours saturé, avec des règles d’accès souples. Le premier indicateur qui permet de positionner le fonctionnement du CDI sur cette échelle est son taux de fréquentation. Il ne s’agit pas uniquement de la capacité d’accueil du CDI, même si elle constitue un facteur important dans l’accueil des utilisateurs. Dans certains CDI, il peut arriver de passer une demi-journée sans pratiquement voir un usager ; à l’inverse, d’autres affichent complet quasiment à toute heure de la journée. Bien entendu, certaines modalités d’accueil peuvent initier un fort taux de fréquentation, les usages du lieu pouvant être alors éloignés des finalités du service (utilisation ludique de l’ordinateur…). Il est alors intéressant d’introduire d’autres indicateurs comme par exemple le taux d’utilisation des outils élaborés par le service de documentation que ce soit pour aider les élèves à travailler ou pour informer les utilisateurs (outil de veille réalisé par l’enseignant documentaliste, ressources en ligne repérées…). D’autres indicateurs sont également à prendre en considération : le nombre de prêts, la fréquentation du CDI par les enseignants, l’engagement du documentaliste dans des activités transdisciplinaires, le nombre d’activités ayant pour cadre le CDI… Ces différents indicateurs permettent de mesurer l’activité du centre documentaire mais aussi son rayonnement dans l’EPLE. Le CDI ne peut répondre aux attentes des utilisateurs, en terme de fonds, en terme de formation, en termes d’activités que si le documentaliste a au préalable mené une réflexion étayée sur les besoins des utilisateurs en lien avec ce que peut offrir son propre service de documentation. C’est le fruit de cette réflexion étayée qui va constituer la trame du projet de CDI dont on voit se dessiner la démarche. Le projet de CDI n’est pas un catalogue des activités du documentaliste, que l’on peut trouver encore classées selon les missions définies par la circulaire de mars 1986. Il ne faut pas perdre de vue qu’en 1986, l’informatique en était à ses balbutiements dans les établissements scolaires ; il n’était pas encore question de réseaux et encore moins d’internet. De plus, une circulaire de missions est importante pour les personnes à qui elle est destinée mais elle a peu de chance d’intéresser les enseignants des autres disciplines et encore moins les élèves. Il faut également bien intégrer le fait qu’un projet de CDI doit être, comme tout projet, un document de communication à destination des personnes extérieures au CDI et, dans notre cas, des utilisateurs potentiels du CDI, donc de la communauté scolaire. Il doit donc apporter une réponse aux attentes des utilisateurs, voire proposer aux membres de la communauté scolaire une vision générale de ce que peut offrir le service de documentation dans le but d’initier des pratiques d’utilisation, voire des habitudes de fonctionnement. Dans ces conditions, pour construire le projet de CDI, l’enseignant documentaliste ne peut faire l’économie d’un état des lieux du service de documentation de son établissement. Ce diagnostic doit lui permettre de mieux connaître les spécificités de son EPLE (effectifs, spécialités, résultats…). Il doit également favoriser l’identification des besoins et des attentes de la communauté scolaire vis-à-vis du service d’information et de documentation. Cet état des lieux a un deuxième objectif : il doit permettre au documentaliste de déterminer les points forts et les points faibles de son service et au delà, de pouvoir choisir les axes de progrès du projet de CDI. Bien entendu, ces axes doivent être en lien direct avec ceux du projet d’établissement dans lequel ce projet de CDI va devoir s’intégrer. Ces axes de progrès doivent également être en cohérence avec les missions de l’enseignant documentaliste sans qu’il soit besoin pour lui de les rappeler. Ce projet doit être opérationnalisable ( ) et opérationnalisé ( ). Pour cela, les axes de progrès doivent ensuite être traduits en objectifs opérationnels ( ). Reste la question de l’évaluation du projet de CDI. L’enseignant documentaliste doit également choisir des indicateurs qui permettront de mesurer clairement l’atteinte, ou non, des objectifs préalablement fixés. Le projet de CDI, une fois formalisé, doit être soumis à l’approbation du chef d’établissement avant d’être porté à la connaissance de la communauté éducative.

Le projet de CDI apparaît donc comme un projet de service, le projet du service de documentation et d’information. Il comprend quatre parties essentielles : un état des lieux du CDI et de son environnement, la détermination de points forts et de points faibles du service dans son contexte, le choix d’axes de progrès et la détermination d’objectifs opérationnels qui en découlent, les critères d’évaluation du projet. Il est élaboré par l’enseignant documentaliste puis approuvé par le chef d’établissement. Il est ensuite porté à la connaissance des membres de l’établissement. Il est, en fin d’année, évalué : l’évaluation permet de déterminer de nouveaux objectifs, voire de nouveaux axes de progrès en vue de son actualisation pour l’année suivante. Le projet peut, dans sa globalité, être écrit pour une période de trois années ; durant cette période, un avenant est écrit chaque année.

2. Du projet de CDI à la politique documentaire

Le rapport de l’Inspection générale de 2002 (L’Ecole et les réseaux numériques en Documentation, annexe au rapport de l’Inspection Générale de l’Education Nationale « L’Ecole et les réseaux numériques ») donnait déjà une raison importante de ce changement de dimension : les réseaux câblés qui se développaient dans les établissements pouvaient d’ores et déjà avoir une incidence sur le développement de l’accessibilité de l’offre documentaire auprès des usagers. Mais surtout ce rapport insistait sur « l’évolution des technologies (qui) laisse prévoir des changements importants […] tant dans la gestion des fonds que dans leur utilisation sur des postes informatiques isolés. » Ce rapport soulignait déjà la difficulté à laquelle allaient se trouver confrontés les enseignants, et en particulier l’enseignant documentaliste pour former les élèves qui ont tendance « à errer inutilement sur un océan d’informations dont la grande majorité n’a que peu d’intérêt pédagogique. » (i.e.). Il poursuivait sur la nécessité pour l’enseignant documentaliste de modifier ses pratiques professionnelles pour entrer résolument dans une démarche de mutualisation. Ainsi le rapport soulignait la nécessité pour « l’enseignant documentaliste de demain » de modifier « en profondeur ses pratiques de traitement documentaire, en privilégiant la récupération de données existantes plutôt que la création solitaire. » Autre point souligné dans ce rapport : la validation des sources : « Enfin, il faudra mutualiser d’autres produits, qui sont de la compétence du documentaliste. Ce sont les produits issus de l’expertise, qui donneront à des documents dont la source est incertaine, un label de fiabilité et de pertinence que l’enseignant-documentaliste leur aura attribué. » Dès juillet 2002, nous voyons se dessiner les contours d’une évolution du métier liée à l’évolution (la révolution ?) du numérique. Aujourd’hui, avec le foisonnement de ressources numériques d’accès libre de droit, avec la facilité d’accès à internet pour les élèves, force est de constater que les documents sur support papier ont tendance à être moins consultés. Les élèves comme les adultes préfèrent recourir aux documents numériques dont l’accès a été grandement facilité par les moteurs de recherche et en premier lieu par Google, moteur de recherche le plus utilisé. Peut-on dès lors limiter le service de documentation à l’espace (réel) CDI ? Où se situe alors la place de l’enseignant documentaliste ? Que devient sa raison d’être dans un établissement scolaire ? Comment, dans ces conditions, peut et doit évoluer le CDI ? Ce sont toutes ces questions auxquelles tente de répondre la politique documentaire d’un établissement scolaire.

3. La politique documentaire

3.1 Quelle définition ?

Toutes les définitions de ce concept débouchent sur la nécessité d’une liaison forte entre l’organisation de la fonction documentaire (politique d’acquisition du fonds, politique de traitement et de diffusion, politique de communication et de partenariat) et la mise en œuvre d’une politique documentaire. Dans son rapport sur les politiques documentaires des établissements scolaires, Jean-Louis Durpaire retient la définition suivante : « En termes de bibliothéconomie, la politique documentaire est l’ensemble des objectifs que peut viser un service documentaire pour servir un public bien défini. Une politique documentaire s’appuie nécessairement d’une part sur une politique de constitution de collections incluant des acquisitions et des désherbages, d’autre part sur une analyse des publics servis ou à servir. Elle se construit obligatoirement à partir d’une évaluation des résultats, s’appuyant sur des constats statistiques (fréquentation, nombre de prêts,…) et qualitatifs. Elle est réaliste, tenant compte de ses moyens financiers et humains. Elle est inscrite dans une certaine durée. Enfin, élément fondamental, une politique documentaire nécessite une validation par une autorité placée au-dessus de celui qui est chargé de la mettre en œuvre (conseil d’administration le plus généralement), marquant ainsi qu’un consensus s’établit autour de grands axes et qu’un projet peut être mis en place. » C’est cette définition que nous retiendrons. En effet, avec cette définition nous sommes bien dans un processus de conceptualisation. Un concept est un construit. Or nous avons là les principales étapes d’une démarche de construction d’une politique documentaire dans un établissement scolaire. Nous n’avons pas là la simple définition d’une notion mais l’ensemble des entrées qui nous permettent d’appréhender dans son intégralité le concept de politique documentaire.

3.2 Mise en place d’une politique documentaire

La « définition » que nous avons retenue nous donne donc les grandes étapes de la mise en place d’une politique documentaire dans un établissement scolaire. Au préalable, une clarification des rôles s’impose. Nous nous situons là dans le cadre de la mise en place d’une politique à l’échelle de l’établissement, ce qui est du ressort du chef d’établissement. La politique documentaire ayant une finalité pédagogique, celui-ci doit s’appuyer sur le conseil pédagogique pour la définir. C’est ce que confirme la circulaire du 27 mars 2006 : « (…) le conseil pédagogique a pour mission de favoriser la concertation entre les professeurs, notamment pour coordonner les enseignements, la notation et l’évaluation des activités scolaires. Il prépare la partie pédagogique du projet d’établissement. (…) Le projet d’établissement précise par ailleurs les activités scolaires ou périscolaires et définit à ce titre la politique de l’établissement en matière d’accueil et d’information des parents, d’orientation, de politique documentaire, d’ouverture sur l’environnement économique, culturel et social, d’ouverture européenne et internationale, d’éducation à la santé et à la citoyenneté. » Dans ce cadre, l’enseignant documentaliste apporte son expertise au chef d’établissement et donc au conseil pédagogique. Il fait figure de personne ressource auprès du chef d’établissement dans la mise en place de la politique documentaire. Mais revenons à la définition de la politique documentaire : « elle est l’ensemble des objectifs que peut viser un service documentaire pour servir un public bien défini. » Cette première partie de la définition indique déjà ce que doit être la politique documentaire. Il s’agit d’objectifs qu’il faut donc expliciter. Mais ces objectifs tiennent compte du contexte dans lequel se situe le service documentaire. Ceci suppose qu’avant toute détermination d’objectifs, un état des lieux soit réalisé pour bien appréhender le contexte. Cet état des lieux inclue d’autres aspects donnés plus loin dans la définition : outre l’« analyse des publics servis ou à servir », il y a aussi nécessité d’évaluer les résultats du service à partir de « constats statistiques (fréquentation, nombre de prêts,…) et qualitatifs. » L’état des lieux a donc pour finalité de déterminer les objectifs qui constitueront le socle de la politique documentaire. Jusque là, il n’y a pas de différence apparente avec le projet de CDI qui part de la même démarche : état des lieux, détermination d’objectifs. Où se situe donc la différence ? Pourquoi doit-on définir une politique documentaire qui nécessite de se situer au niveau de l’établissement et non plus simplement du CDI ? C’est là qu’intervient l’évolution du système d’information et de documentation constatée ces dernières années. Il y a eu tout d’abord le développement des réseaux internes aux établissements scolaires : l’accès à l’information, et en particulier à la base documentaire, a pu se faire depuis tout poste de l’établissement, sous réserve de disposer d’un logiciel documentaire en version réseau, ce qui est le cas de la quasi-totalité des établissements scolaires du second degré. Par ailleurs, avec le développement d’Internet, nous constatons une croissance exponentielle du recours aux documents numériques au détriment de documents sur support papier ou en mode analogique. Le réflexe Google a ainsi été adopté tant par les élèves que par les adultes. Certains enseignants documentalistes essaient de résister à cette lame de fond en imposant l’utilisation des documents sur support papier, voire en interdisant l’utilisation des moteurs de recherche, spécifiquement de Google. Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse de la démarche la plus pertinente car les élèves, une fois hors du CDI, continueront à avoir recours à ces outils, et en particulier à Google. Doit-on les en blâmer ? N’utilise-t-on pas nous aussi fréquemment dans notre vie quotidienne ce moteur de recherche ? Je pense que se placer dans une dialectique « papier/numérique » n’est pas une bonne approche ni une bonne entrée pour faire progresser les élèves dans leur maîtrise de la recherche d’informations. Quel lien y a-t-il avec la politique documentaire ? La définition précédente nous dit que la politique documentaire doit s’appuyer « nécessairement (…) sur une politique de constitution de collections incluant des acquisitions et des désherbages ». La définition d’une politique d’acquisition ne saurait ignorer le support numérique. La toile foisonne de documents. Le caractère essentiel en est le lien à l’actualité : lorsqu’un internaute diffuse une information, elle est accessible immédiatement et partout dans le monde. Lorsque cette information est diffusée par le biais du papier, sa diffusion suppose un délai et surtout son champ géographique d’accessibilité est relativement restreint. Il s’agit là d’une réalité. Par contre, et c’est là que se situe la difficulté essentielle, si l’on peut considérer qu’une information donnée à l’aide d’un support papier a été au préalable validée, la validité d’une information obtenue sur la toile est à construire. La mise en place d’une politique d’acquisition incluant le numérique doit intégrer cette donnée. On voit donc dès lors, l’indispensable collaboration des enseignants « disciplinaires » dans la constitution du fonds documentaire : outre, leur expertise sur le choix des documents, ils doivent obligatoirement intervenir dans la validation des documents qui seront mis à la disposition des élèves. Ils deviennent donc des partenaires incontournables dans la politique d’acquisition qui prend dés lors la dimension de l’établissement. Ceci est d’autant plus vrai que les documents numériques, une fois intégrés dans la base documentaire, seront accessibles depuis tous les postes de l’établissement, et même au-delà si le logiciel est interrogeable par internet. On obtient ainsi une base documentaire qui va non seulement fournir la description de documents mais également, lorsqu’ils seront numériques, les documents eux-mêmes. L’espace documentaire dépasse largement le lieu CDI.

La politique d’acquisition du service documentaire devient ainsi un élément fondamental de la politique documentaire de l’établissement scolaire. Elle doit obligatoirement associer les enseignants disciplinaires dans sa mise en place et sa mise en œuvre.

Le deuxième volet de la politique documentaire, induit par le précédent, est la formation des utilisateurs. Il est indispensable de prévoir les modalités d’organisation de la formation, en particulier des élèves, à l’accès aux ressources et delà à l’accès à des informations dont il faudra toujours vérifier la validité. C’est là où l’existence d’un fonds numérique accessible par le logiciel documentaire permettra de mieux aider les élèves dans leur démarche de recherche documentaire. L’accès aux ressources et à l’information doit nécessairement s’inscrire dans une dialectique « validé/non validé » ou mieux, « validé/à valider ». L’apprentissage de la validation doit être centrale dans la formation des utilisateurs car elle conditionne la maîtrise de l’information. Ce n’est pas à l’enseignant documentaliste seul de réaliser une telle formation. Il doit intervenir au même titre que ses collègues disciplinaires. La maîtrise de l’information est transversale : elle intervient dans toutes les disciplines. La formation nécessite une grande cohérence entre les intervenants. Que penser de l’existence de cette cohérence quand l’ouverture d’internet des postes de l’établissement aboutit à Google comme page d’accueil ?

La politique de formation des utilisateurs, et en premier lieu des élèves, à la maîtrise de l’information doit être préparée et réalisée par l’ensemble de l’équipe pédagogique avec l’enseignant documentaliste. Elle constitue un axe fort de la politique documentaire.

Les deux volets : politique d’acquisition, incluant la mise à disposition des utilisateurs des ressources documentaires, et politique de formation, sont indispensables à l’élaboration d’une politique documentaire. Si, compte tenu de l’existence d’un projet documentaire au niveau de l’établissement, le professeur documentaliste n’a pas rédigé de projet de CDI, il devra y inclure un volet ouverture culturelle. Là encore, il peut collaborer avantageusement avec les enseignants disciplinaires intervenant dans ce domaine : arts plastiques, français, histoire…

3.3 De la politique documentaire au projet documentaire

Lorsque les grands axes de la politique documentaire ont été arrêtés par le chef d’établissement, l’enseignant documentaliste peut, avec ses collègues disciplinaires, écrire le projet documentaire. Celui-ci doit d’abord rappeler les principaux constats de l’état des lieux qui ont permis de déterminer, pour le service de documentation, les points forts et les points à améliorer. Il rappelle également les axes de progrès qui ont été retenus dans le cadre de la politique documentaire. Ce projet doit ensuite décliner les grands axes en objectifs opérationnels. Il doit ensuite inclure la traduction de ces objectifs en action pour l’année scolaire. Enfin, il doit comporter le volet évaluation avec en particulier les indicateurs retenus pour mesurer l’atteinte des objectifs qui ont été fixés.

La démarche de construction du projet documentaire est semblable à celle retenue pour le projet de CDI. La principale différence entre un projet de CDI et un projet documentaire réside dans le niveau où l’on se situe. Si le projet de CDI concerne exclusivement le centre de documentation et d’information, le projet documentaire, dans la droite ligne de la politique documentaire, se situe au niveau de l’établissement et de son environnement.

Il ne peut donc être le fruit du travail du seul enseignant documentaliste même si celui-ci, de par sa formation initiale, peut avoir une position privilégiée dans son élaboration. La circulaire de mars 2006 précise bien que la politique documentaire fait partie intégrante du volet pédagogique du projet d’établissement. Il est donc nécessaire que le projet documentaire qui en découle soit validé par le conseil d’administration, tout comme doit l’être le projet d’établissement, et donc la politique documentaire. C’est aussi devant cette instance que doivent être rapportés les résultats de l’évaluation du projet avec les éventuelles modifications à apporter. En effet, un projet documentaire doit être écrit pour une période de trois ans. Au cours de cette période, chaque année, après avoir présenté les résultats de l’évaluation, un avenant doit prévoir les éventuels nouveaux objectifs opérationnels pour l’année qui suit, les actions prévues, et, le cas échéant les modalités retenues pour l’évaluation.

Conclusion : une nécessaire démarche de projet.

Dans cette période de développement, pas toujours maîtrisé, de l’information et de son accès, la place de la formation à la maîtrise de l’information apparaît incontournable. Celle-ci doit être l’œuvre de l’ensemble des intervenants dans la formation des élèves. La cohérence, la pertinence, l’efficacité et l’efficience d’une telle formation nécessite des objectifs communs de la part des formateurs. Ces quatre critères de la formation doivent bien entendu être évalués. Une telle démarche ne peut se mettre en place qu’autour d’un projet fédérateur, issu des grands axes arrêtés dans la politique documentaire. L’enseignant documentaliste doit avoir un rôle d’expert et de personne ressource, en particulier auprès du chef d’établissement mais aussi auprès des équipes pédagogiques, tant dans l’élaboration de la politique documentaire que dans la construction du projet documentaire.

Pierre RIVANO IA IPR EVS Chargé de la Politique Documentaire pour l’Académie de Toulouse

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